Excerpt for Enfants de papier by , available in its entirety at Smashwords

Enfants

de papier

Récit

par Michèle Laframboise





Enfants de papier © Copyright 2017 Michèle Laframboise

Tous droits réservés. Ce livre est réservé pour votre usage personnel. Celui-ci ne peut être reproduit, en entier ou en partie, sans la permission de l’auteure. Toutefois, il est permis d’utiliser de brefs extraits pour des articles, critiques ou documents scolaires.

Design de couverture: Echofictions/Canva

Photographie de couverture : Canva

Photographie de l’auteure © Gilles Gagnon

Photographie de nénuphar par l’auteure

Illustration intérieure par l’auteure



Ce livre a été publié par : Echofictions

Mississauga, Ontario

www.echofictions.com

ISBN 978-1-988339-30-6 (Smashwords)

Enfants de papier

Quand j’étais petite, je ne voulais pas d’enfants.

L’humanité était déjà surpeuplée dans les années 1970: on parlait de pollution plutôt que de réchauffement climatique, de milieu plutôt que d’environnement. J’ai étudié les sciences : géographie, pour mon amour de la nature, puis génie, pour y intervenir.

Pendant ce temps, le déclin des naissances plongeait le Québec dans un questionnement angoissant assaisonné de nihilisme affectif. La fière race des coureurs de bois s’éteindra-t-elle faute de « flos »? Les jeunes femmes qui n’ont pour enfant qu’une jobine sous-payée retrouveront-elles le goût de procréer? Survivrons-nous? Au fait, qui est ce « nous »?

À un âge où je n’étais plus censée l’espérer, je me suis mariée. À 38 ans, j’attendais l’aîné d’une joyeuse marmaille qui redresserait ce triste profil démographique. Je retrouvais la verve de nos ancêtres pionniers, le sang de mes grands-mères coulait en moi.

Ma grossesse se déroule sans histoires ni nausées.

Les visites à l’hôpital se sont déroulées dans un climat aussi positif que les divers tests que j’ai passés, la gentille docteure qui me suit m’assurant que j’aurais tous les moyens à notre disposition pour atténuer les douleurs bibliques de l’accouchement. Bain chaud, gaz hilarant, etc. réservant l’épidurale en dernier lieu.

Les exercices de respiration? demandai-je.

Ce n’est pas nécessaire, me répondit-on.

Mes contractions se sont pointées le matin du 24 septembre 1998, d’abord très discrètes. J’ai d’abord pensé à un mal de ventre. Passé midi, elles se sont faites moins discrètes, mon estomac qui se retourne comme une crêpe, flip-flop! Vers trois heures, j’appelle ma mère, et lui décrits les intervalles de moins de trois minutes entre les contractions. Elle accourt avec mon père (mon mari étant à l’ouvrage) et nous partons.

Chaque bosse, chaque nid-de-poule sur la route entre mon logement du Mile-End et l’hôpital Ste-Justine (au fait, Justine Lacoste ne fut jamais canonisée par l’église) fut douloureusement ressenti par la passagère.

Enfin, on arrive autour de 16h00.

Je deviens une patiente. Un premier examen montre que je ne suis pas assez dilatée. Les douleurs, contractions aux minutes, sont pénibles. Je vomis mon dîner. Je me dis que j’ai de la résistance. J’avais suivi des cours de natation prénatale, mais sans les exercices de respiration, comme ma maman avait fait dans son temps.

Pendant ce temps, le débat sur la place des sages-femmes à l’hôpital fait rage...

Je demande la bébelle pour m’accroupir décemment, comme les femmes l’ont fait pendant des siècles, avant les que les médecins de Louis XIV leur imposent l’horizontalité pour cause de voyeurisme souverain. Non, pas de bébelle d’appui. On me strappe une ceinture de munitions, non... de moniteurs ronds et plats, au ventre.


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